L'urbanisme à Limoges de 1840 à 1930 : document

Dans la première moitié du XIXe siècle, Limoges offre l'aspect d'une ville n'ayant pas connu d'opération d'urbanisme d'ampleur, à l'image de Bordeaux. Les paysages urbains sont encore très marqués par la ruralité (présence de nombreuses zones non encore loties, occupées par des jardins).

Tout au long du XIXe siècle, la ville connaît un phénomène d'exode rural lié à l'industrialisation : les nouveaux habitants s'installent dans les quartiers du centre ou le long des grands axes menant à la ville : route de Paris (actuelle avenue du Général Leclerc), route d'Angoulême (rue Armand Dutreix), route de Poitiers (avenue de Montjovis), route de Bordeaux (rue François Perrin). Les familles ouvrières logent souvent dans des immeubles de rapport (matériaux de construction: moellons et colombages). Au bord de la Vienne vit - à côté des ouvriers - un prolétariat original fait de lavandières et de "navetaux" chargés de récupérer sur la rivière le bois de chauffage nécessaire au fonctionnement des fours à porcelaine. Des particuliers profitent de l'afflux de travailleurs pour lotir leur propriété (c'est le cas, par exemple, de la rue Jules Noriac).

Les fabriques s'installent essentiellement au Nord et à l'Ouest de Limoges, ainsi que le long de la Vienne.

Durant les années 1830-1840, Limoges bénéficie de l'action de son maire, le porcelainier François Alluaud, qui équipe la ville du Pont Neuf, du Théâtre et du palais de Justice, et qui fait ouvrir de nouveaux espaces (l'avenue de la Libération, le cours Jourdan, l'avenue Georges Dumas, le Champ-de-Juillet).

Cependant, les principales opérations d'urbanisme sont réalisées au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. De nouveaux quartiers sont souvent issus d'une collaboration entre la mairie et des sociétés immobilières privées et financées par des bourgeois locaux (par exemple, entre la place Carnot et la gare, ou encore entre l'avenue du Midi et la rue Pétiniaud Beaupeyrat).

Des quartiers doivent leur développement à l'installation d'équipements collectifs:

  • l'arrivée du train en 1856 et la création d'une première gare en 1858 ont suscité la création du quartier situé entre "place Jourdan" et "Champ de Juillet",

  • le boulevard de Fleurus a été percé au-dessus de la voûte du nouveau tunnel ferroviaire (liaison Limoges-Toulouse),

  • la construction de l'Hôtel de Division (état major) à la fin du Second Empire a donné lieu à l'édification du quartier situé entre la place Jourdan, l'avenue de la Libération et l'avenue Garibaldi.

Au Nord, la ville se développe sous l'impulsion donnée par la construction d'une caserne de cavalerie (la caserne Marceau en 1873), d'une seconde gare (la Gare des Charentes, desservant la ligne d'Angoulême, en 1875), d'une manufacture de tabacs (en 1887). Autour de la place Carnot, les nouveaux quartiers s'appuient sur de larges rues le long desquelles s'établissent des usines, des immeubles de rapport et des maisons bourgeoises (par exemple, l'avenue Émile Labussière).

Vingt-cinq ans après le tragique incendie de 1864, une partie du centre-ville correspondant au quartier de la place de la Motte est reconstruite. De nouvelles halles sont édifiées, en remplacement des anciennes halles Dupuytren réinstallées au nord de la ville. Quelques années plus tard, en 1898, débutent les travaux dans le secteur du Viraclaud, qui visent à raser un ancien quartier insalubre. À la place de celui-ci sont notamment édifiées la poste centrale et la préfecture. Le réaménagement de cette partie de la ville se poursuit au lendemain de la Première Guerre mondiale avec le percement de la rue Jean Jaurès. Dans le même quartier, face à la poste, est inauguré en 1926 le cirque-théâtre municipal.

A la fin du XIXe siècle, Ernest Ruben, à la tête de sociétés immobilières, lotit la partie occidentale de Limoges, en réalisant des quartiers cossus situés entre la Vienne et la place des Carmes (par exemple : l'actuelle rue Ernest Ruben, le square des Émailleurs).

Le début du XXe siècle voit la réalisation de programmes de logements sociaux. L'un des tout premiers immeubles collectifs de Limoges est celui de "l'Étoile", situé au niveau du faubourg Montjovis, dans un quartier ouvrier du Nord de Limoges. Sous la municipalité socialiste dirigée par Léon Betoulle, la ville engage un programme de logements sociaux qui s'appuie sur l'office municipal des HBM : en 1924 est édifiée la Cité-jardin Beaublanc et, en 1929, les premiers bâtiments de la Cité des Coutures voient le jour, à proximité immédiate de la nouvelle gare des Bénédictins, reconstruite et inaugurée en 1929.